Juin 27, 2020 | Vers l'Est | 1 commentaire

Birmanie, le choc des cultures

Nous avions commencé notre boucle en Asie du Sud-Est par le Vietnam et rien n’était moins sûr que notre passage en Birmanie. Mais avec notre visa thaïlandais qui arrivait à terme, nous n’avions pas le choix que de passer la frontière. Ça tombait bien, après 2 mois en Thaïlande, nous étions curieux de découvrir un nouveau pays. Nous avions eu une introduction, un peu intense, avec l’histoire du peuple Karen, mais globalement, on ne connaissait rien de la Birmanie, de sa culture ou de son histoire. Le pays accorde un visa de 28 jours et au vu des kilomètres à pédaler (notre but est de tracer plein sud et de re-rentrer en Thaïlande), on ne pensait pas l’utiliser jusqu’à la fin.

Mais la Birmanie nous a plus que ravit et nous avons au final utilisé jusqu’à la dernière seconde de notre temps imparti dans ce joli pays.

Une ouverture progressive

Nous passons la frontière sur le pont au dessus de la rivière Moei, entre Mae Sot et Myawaddy, relativement tôt (vers 9h). Potentiellement 90km et 800m de dénivelé nous attendent aujourd’hui jusqu’à notre premier hôtel, faut pas traîner.

On parle d’hôtel car notre ami warmshower Ton, comme beaucoup d’autres, nous avait rappelé la veille que le camping est au Myanmar interdit. Par peur de représailles du gouvernement, nous serions également rapidement signalés si aperçus. Cela nous oblige à chercher des hôtels, du moins dans les zones peuplées. Malheureusement tous les hôtels n’acceptent pas les étrangers et il faut descendre dans les établissement correspondant, qui sont généralement chers. Ce ne sont pas encore des prix européens mais le service et les chambres ne correspondent pas du tout au prix demandé. Chose encore plus frustrante, les prix de ces hôtels sont complètement décalés par rapport au coût de la vie que nous voyons dans la rue en pédalant au travers du pays.

Mais c’est comme ça pour l’instant et nous ne pouvons que espérer que la situation s’améliore avec le temps. Nous réalisons que les frontières terrestres du pays était encore fermées jusqu’en 2014. Cela ne fait que 6 ans que le pont emprunté le matin est ouvert. Ton nous racontait la veille, qu’il l’avait traversé, juste après son ouverture, et que le contrôle des touristes dans le pays était alors beaucoup plus stricte, surtout celui des touristes à vélo. En 6 ans la situation s’est détendue et améliorée. Il est toujours interdit d’être accueilli chez des Birmans pour la nuit mais nous sommes plusieurs fois invités à partager un repas, un fruit ou simplement discuter. On retrouve chez les Birmans un peuple souriant, accueillant et ouvert, ce qui contraste malheureusement avec l’histoire d’un pays fermé pendant longtemps au monde extérieur.

Dosa, une première surprise inattendue

Au passage de la frontière, on a été surpris par la différence soudaine avec la Thaïlande que l’on venait de quitter. Des odeurs de nourriture nous sautent au nez, un trafic dense nous submerge. Rien à voir avec le reste de l’Asie du Sud-Est. On prend conscience en pédalant que la Birmanie est restée longtemps fermée et sans échange avec ses voisins directs. La Thaïlande ne montre aucun signe d’influence Birmane, même dans la ville de Mae Sot sur la frontière. De même, on ne retrouve rien de la Thaïlande en Birmanie. On retrouve à l’inverse beaucoup plus une influence indienne. Les hommes portent le Lungi, les vendeurs de samosa se multiplient et on voient de plus en plus des enseignes pour des restaurant indiens. Ça nous ravit, on adore la nourriture indienne et ça change de la soupe de nouilles.

Le Lungi et la chemise, un mélange de tradition et de classe moderne.

Il est 09:30, nous avons déjà petit déjeuné mais on ne peut s’empêcher de s’arrêter après avoir vu le premier signe pour un restaurant indien du sud de l’Inde. Plein d’espoir on va voir en cuisine et oui, ils font des dosas.

Les dosas sont des fines crêpes originaires du Tamil Nadu à base de farine de lentilles fermentées que l’on mange habituellement au petit déjeuner. Accompagnées d’un Lassi sucré c’est parfait pour notre 2ème petit déjeuner de cyclistes.

Au dessus, au dessous et dans la brume

On nous avait conseillé de quitter la route principale pour atteindre la première ville de Kawkareik et c’est un bon conseil. L’ancienne petite route, qui n’est plus empruntée, est magnifique. Les 800m se montent très bien et il n’y a personne. Il faut juste penser à faire le plein d’eau avant. On sort de la brume en arrivant au col mais l’horizon est bouché. ici aussi ils brûlent les bas-côtés, les champs ou simplement le trop-plein de matière végétale où qu’il soit. Le ciel est encore chargé de poussière, mais on espère que ça s’améliorera à mesure que l’on pédale vers le sud.

Kawkareik possède 3 hôtels susceptibles d’accueillir les étrangers. On demande gentiment aux 3 mais malheureusement aucun ne nous accepte. Soit disant ils sont pleins. On a bien fait de commencer par manger parce qu’il va maintenant falloir faire 25km de plus pour aller tenter notre chance dans la ville suivante.

Mais comme souvent lorsque l’on commence à être rattrapé par le temps, nous sommes coincés par un imprévu. En l’occurrence, l’état de la route qui est en travaux du début à la fin. Comme la frontière est restée fermée très longtemps, la route qui mène à Myawaddy n’a pas été développée. Il s’agissait d’une petite route sur laquelle 2 camions ne pouvaient se croiser. A l’ouverture de la frontière, le sens de circulation était imposé suivant le jour de la semaine. La première moitié de la semaine, la circulation se faisait dans un sens et la deuxième moitié, dans l’autre sens La situation est restée ainsi pendant un an, jusqu’à ce qu’ils décident d’entreprendre des travaux, qui durent maintenant depuis 5ans. Mais avec le chaos et le trafic constant, qui n’a fait que augmenté, rien d’étonnant à ce que la construction prenne du temps.

Le morceau en travaux en ce moment est exactement celui que nous devons pédaler ce soir. En très peu de temps nous sommes couvert de poussière rouge que soulèvent camions et voitures en passant à nos côté. Entre la circulation et les nids de poule, on avance au ralenti. Le coucher de soleil est très beau mais ça semble mal parti pour arriver avant la nuit. Pour éviter tout accident dans le noir venant, on décide de faire du stop. On embarque dans la remorque d’un petit utilitaire et on supporte les bosses pour les 15km restant qui durent tout de même 30min.

On nous dépose au centre de la ville. De nuit, ce n’est jamais facile pour les recherches mais 2 étrangers à vélo au milieu des travaux, toujours en cours, ça attire l’œil et nous sommes rapidement conduis au seul hébergement de la ville susceptible de nous accueillir. La journée a été riche en émotion, nous sommes fatigués et ne cherchons pas à négocier. 30$ pour une petite chambre sans fenêtre c’est beaucoup, mais nous n’avons pas vraiment le choix.

Yangon, notre capitale préférée

Nous hésitons sur la suite, mais décidons de pédaler jusque Mawlamyine (Moulmein pour les anglais, c’est plus simple à retenir) où nous déposons nos sacoches pour prendre un bus jusque Yangon et revenir en pédalant avec des vélos légers. Nous visiterons Hpa An et ses nombreuses caves sur le trajet du retour.

Yangon (ou Rangoon) n’est en réalité plus la capitale de la Birmanie puisque le gouvernement a jugé bon de créer de toute pièce la ville de Naypyidaw au centre du pays. Nous n’y sommes pas allés, on vous laisse rechercher les photos et lire les commentaires. L’histoire de cette ville fantôme est intéressante.

Yangon possède à nos yeux, un énorme charme. La ville est plus que vivante. Chaque rue, petite ou large est remplie d’échoppes, de stands, de mouvements et d’activité. Ce chaos constant peut être pesant à long terme ou pour le voyageur qui recherche le calme, mais pour nos yeux pleins de curiosité et d’énergie c’est parfait.

Le bus nous dépose à 20km du centre, heureusement qu’on a les vélos. C’est l’occasion de traverser des quartiers beaucoup moins riches où nous serions pas allés sinon. L’alternance entre les rues salles, que l’on pourrait apparenter à des bidons-villes et les quartiers chics est déroutante.

Le centre ville est principalement constitué d’immeubles, anciens, de 4 ou 5 étages, le long de longues rues parallèles et perpendiculaires à l’américaine. Les immeubles mériteraient un bon nettoyage de façade, mais cette couche de crasse et de lichen sur les façades constitue une partie du charme de la ville.

Nous restons 3 nuits à Yangon pendant lesquelles on alterne entre les parcs, la Shwedagon pagoda, les temples et des séances de Yoga, sans oublier les nombreux marchés et restaurants plein de saveurs nouvelles. La nourriture Birmane est parfois riche en huile mais toujours très bonne.

On a la chance d’être présent pour un festival de photographie. Certains des sujets de reportage, plus profonds, plus polémiques, sur des sujets locaux nous ont marqués. On se souviendra du reportage sur les conflits armés entre les ethnies du nord du pays et l’armée gouvernementale, sur les exploitations de banane de Birmanie ou sur la vie des sans abris dans les rues de Yangon, à deux pas de là où nous nous trouvons pour visionner les reportages.

Qu’est ce que c’est bien d’être léger

On retrouve en Birmanie un esprit d’aventure qu’on avait perdu en Thaïlande. La qualité des routes est très incertaine, surtout lorsque l’on s’aventure hors des sentiers battus et la carte n’est pas complète. Il n’y a plus de café moderne à chaque coin de rue mais un mélange de tables et de chaises posées dès qu’il y a de la place, pour prendre un thé ou manger. Les gens sont surpris de nous rencontrer et viennent voir ce que nous faisons. C’est l’occasion d’échanges et de rencontres comme on en avait plus eu depuis longtemps.

On profite de nos montures légères pour pédaler sur les sentiers dans la campagne avant de rejoindre Bago. On continue jusque Kyaikto, puis Hpa-an en évitant au mieux l’axe principal. Les petites routes, le long des digues, entre les champs et au travers des villages sont superbes. Il fait trop chaud pour pédaler entre midi et 15h. Nous cherchons toujours un coin d’ombre pour nous poser et c’est là que l’occasion se présente pour des rencontres.

Il est grand ce Bouddha n’est ce pas?

Hpa an et ses nombreux temples

On arrive sur Hpa-An en traversant la rivière Thanlyin avec un petit bateau filiforme du même acabit que ceux que l’on avait pris au Laos. Mais c’est beaucoup plus facile et stable sans sacoches.

En approche

Hpa-An n’est pas très grand mais le cœur est, comme souvent dans les villes de Birmanie, très vivant.

On mange très bien sur les marchés de nuit. Comme dans un restaurant des plats sont cuisinés, mais ils sont laissés à la vue et au choix des clients.

Plusieurs caves dans les alentours ont été aménagées en temples. Entre les visites et les balades sur les monts avoisinant, nous restons 2 nuits. Le mont Zwegabin, du haut de ses 800m est le plus grand de la région. La ressemblance avec le mont du roi lion est flagrante mais malgré notre nostalgie de Wall Disney nous n’allons pas braver la chaleur pour en faire l’ascension. Ce n’est pas l’envie qui manque à Xavier, mais il fait vraiment trop chaud et après être monté sur d’autres monts, nous nous sommes rendus compte que la brume environnante rend la vue du sommet caduc.

On termine par la cave Saddan avant de repartir vers Mawlamyine. C’est à nos yeux la plus impressionnante. Elle est profonde et nous n’avons jamais vu autant de chauve-souris. Impossible d’éviter les amas de guano et bien évidement, comme dans tout temple bouddhiste, nous sommes pieds nus. Pas d’inquiétude on s’est bien lavé les pieds ensuite. On profite de nos lampes frontales pour s’asseoir au fond de la 2ème cave, non éclairée, pour méditer. Le silence, presque total, dont nous n’avons pas l’habitude, et l’absence de lumière, sont presque oppressant. Mais c’est très vite reposant et idéal pour la méditation.

On est de retour à Mawlamyine, où nous retrouvons nos sacoches et nos affaires après 8 jours de séparation. Nous sommes à nouveau au dessus des 25kg réglementaires pour embarquer mais on retrouve notre indépendance. Le sud du pays est moins peuplé et nous sommes motivés pour camper. Nous ne serons peut être pas autorisés à pédaler jusqu’au bout du Myanmar mais si nous y parvenons, nous serons dans les premiers à l’avoir fait.

On verra bien ce que ça donne.

Namaste

1 Commentaire

  1. l’image d’un pays verrouillé par la dictature est bien atténuée par votre vécu . Tout est beau et le peuple semble libre de ses mouvements dans une ambiance nonchalante. A part la poussière ,la brume et la règlementation imposée aux cyclistes étrangers, vous avez pu vous imprégner de ce magnifique pays et….gouter à la méditation.
    Bravo à la qualité de la prose!!

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