Juin 27, 2020 | Vers l'Est | 0 commentaires

Thaïlande ça continue

Ça faisait longtemps que nous avions entendu parlé du temple de Wat Pa Tam Wua. La première fois c’était en Asie centrale lorsque nous cherchions vers où pédaler en Asie du sud-est. Puis le nom est revenu dans des discussions autour de la méditation et notre intérêt n’a fait que grandir. Malgré la chaleur qui nous avait un peu démotivé à notre premier passage à Pai, nous sommes très content d’avoir parcouru la belle boucle de Mae Hon Song.

Retour en arrière, c’est une première

Il reste une journée de formation à Angélique avant qu’elle ne finisse ses cours de massage. Xavier, fort des conseils d’un ami, Dara, qui avait fait la même chose, décide de profiter de la journée pour pédaler le trajet retour jusque Pai. Angélique fera le trajet en bus le soir après ses cours et c’est l’occasion pour Xavier de pédaler léger. Nous avions fait ce trajet quelques jours plus tôt dans l’autre sens et ça fait bizarre de revenir sur la même route. C’est la première fois, lors de ce voyage que nous revenons sur nos pas.

Les 130km qui séparent Chang Mai de Pai sont plaisant à pédaler et les vélos sont passés au triple Cat. Ça monte tout seul. Le patron du magasin de vélos connaît son rayon et si vous passez par Chang Mai, nous vous recommandons l’arrêt.

A Pai, nous reprenons nos bagages . Retrouver la cafetière est plaisant, par contre se raccommoder du poids l’est moins. On s’habitue vite à la légèreté.

A notre agréable surprise les paysages suivant changent par rapport à notre première boucle dans le nord. Les vallées sont plus étroites, des falaises se dessinent et il fait moins chaud. On se dirige vers les grottes de Tham Lot et on profite du parc à l’entrée pour poser la tente sous les arbres. Ça faisait longtemps qu’elle n’était pas ressortie. C’est la première fois, en entrant dans le parc, que notre température est mesurée avec des thermomètres de poings électriques. Si on avait su ce qui était à venir.

Nous continuons notre chemin vers le temple Wat Pa Tam Wua et on ne manque pas de nous arrêter à la dernière épicerie pour remplir les estomacs avant d’entamer les jeunes d’après-midi. Nous ne sommes pas sensés manger après 11h au temple. Mais on commence demain, nous sommes encore cyclistes aujourd’hui et impossible de ne pas manger après 75km.

10 jours à l’intérieur de soi

C’est parti

Nous sommes relativement stressés, presque inquiets de ce que nous allons découvrir, en passant le portique d’entrée. Nous avons commencé à méditer durant ce voyage et un peu plus régulièrement avant notre arrivée au temple, mais la méditation reste quelque chose de nouveau pour nous et nous ne savons pas à quoi nous attendre.

L’accueil se fait en douceur. Nous déposons nos vélos près des dortoirs où nous dormirons les prochains jours et nous troquons nos vêtements pour un ensemble complètement blanc. Les vêtements n’ont rien de particulier, jogging, polo ou t-shirt, mais le blanc immaculé apporte une certaine harmonie parmi les disciples (ou les internés).

Le réfectoire, où les plats sont déposés avant d’être emmenés dans le Dharma hall pour l’offre du matin aux moines.

La vie monastique est très rythmée. Le réveil se fait entre 4h30 et 5h30. La première méditation se fait seule dans les dortoirs et est laissée libre à chacun de pratiquer ou non. Mais il n’est pas aisé de méditer au levé sans somnoler. A défaut de méditer assis, nous préférons aller aider en cuisine pour préparer et amener les plats destinés à la première offrande aux moines.

Nous découvrons que méditer ne se fait pas uniquement assis. C’est une activité qui peut s’associer à d’autres et se pratiquer partout, en tout temps. Nous suivons les moines deux fois par jour pour des marches méditatives, où nous sommes guidés par le rythme imposé pour nous recueillir. Mais nous sommes également amené à méditer lors des taches journalières, en cuisine, en lavant la faisselle, en aidant aux plats, ou en balayant le parc. La moitié du réfectoire est dédié au silence et les repas, végétariens, sont également l’occasion de méditer et de faire plus attention aux saveurs.

La première offrande se fait à 6h30. Les disciples, assis, forment une ligne que les moines vont suivre. A l’approche du moine en tête de file, le disciple s’agenouille et se prépare à déposer une cuillère de riz dans le bol à offrande que le moine transporte. Un court enseignement est transmis, suivi d’une méditation, avant que le petit-déjeuner soit entamé. C’est également l’occasion de se rapprocher des moines et de leur lieux de vie en apportant chez eux les offrandes restantes. La transmission d’offrande se fait de main en main avec un homme mais doit être déposée au sol dans le cas d’une femme.

La deuxième offrande et le deuxième repas se font de manière similaire à 11h. Enseignement, méditation assise et marche méditative rythment l’après-midi. Le soir nous chantons en Pali, qui comme le Sanskrit en Inde, est un ancien langage utilisé dans la religion bouddhiste.

On a la chance d’être présent pour la journée de Bouddhas appelée Makha Bucha, le 8 Février. Beaucoup de Thai, venus des villages au alentour sont présents. Nous disposons des bougies le long des allées du parc et sous le chant des moines et la lumière des flammes, nous entamons de nuit la procession. C’est l’occasion de méditations plus profondes, empruntes de la sérénité particulière du moment. Méditer lors de Makha Bucha est de bonne augure pour notre kharma.

Chacun est sujet à des difficultés différentes lors de sa pratique de la méditations. Pour Angélique il n’est pas facile de rester concentrer et de focaliser l’esprit pendant longtemps. 30min les yeux fermés, c’est long. Pour Xavier, la première douleur a venir est physique. Dans nos modes de vie occidentaux, nous ne sommes plus amenés à nous asseoir en tailleur. Pour les Thaï pas de problème, mais pour Xavier ça tire dans les genoux.

Ce n’est pas l’illumination ni la réponse au secret de la vie qui nous attendent à notre sortie, mais nous avons clairement vu une amélioration dans notre pratique en seulement l’espace d’une semaine. Nous ne sommes pas régulier mais nous nous arrêtons maintenant de temps en temps de bouger pour nous installer en tailleur les yeux fermés quelques minutes. Ça fait du bien. On vous le conseille.

Les téléphones, source de distraction, sont sensés être interdits, mais malheureusement trop utilisés. On aura bien tenu jusqu’au dernier jour, mais alors quand on les a rallumés…

On rencontre Alex et Guillaume au temple. Alex inspiré de nos récits parcourt les premiers 40km à la reprise, sur le vélo de Angélique

Méditer c’est bien mais c’est quand même pour pédaler qu’on est venu

Alex a entamé un voyage de plusieurs mois en Asie du sud-est. Comme nous il était attiré par la pratique du Vipassana et avait choisi ce temple. Nous reprenons la route au même moment et les yeux pétillant se demande si il pourrait aussi se lancer dans le voyage à vélo. Angélique, pleine d’une bonté nouvelle, lui propose alors son vélo.

Mais les 40km suivant seront suffisant pour l’instant. Nous avions oublié la raideur des routes Thaï. Fatigués mais satisfait Alex redonne le destrier à son propriétaire à Mae Hon Song. On se dirige tous ensemble chez Marc, un hôte warmshowers que nous avons contacté à la sortie du temple.

Marc vient de Biel, en Suisse, pas très loin de chez Xavier. Il est installé en Thaïlande depuis plusieurs années et organise des retraites pleine air dans la province de Mae Hon Song, un mélange de méditation et de randonnée pour se ressourcer. Les discussions sont intéressantes et nous pouvons comparer avec la pratique Vipassana que nous venons de suivre. Alex repart sur sa route mais nous restons une journée de plus avec Marc.

On en profite pour traverser la rivière Pai et aller voir le village de Huay Pu Keng. L’éthnie des Karens est présente dans la province de Mae Hon Song, notamment le long de la frontière avec le Myanmar et le village de Huay Pu Keng habrite des femmes et des hommes qui sont partis du pays voisin 30 ans auparavant pour fuir la situation et les combats qu’il y y avaient alors.

Le village est enfoui dans la jungle. Il faut remonter sur 15km la route le long de la rivière Pai, avant de la traverser en bateau pour accéder au village. Nous découvrons l’art de tresser les feuilles de palmier nain. Celles-ci sont entrelacées entre elles par des fils fins de bambou et liées à une charpente et des colonnes également en bambou.

Nous découvrons également l’usage du Thanaka, que nous retrouverons partout au Myanmar. Le Thanaka est une pâte végétale, d’un mix de plusieurs plantes, qui protège des rayons du soleil et aurait des effets rafraîchissant sur la peau. Son utilisation est aussi esthétique et c’est pourquoi on en retrouve principalement chez les femmes et les enfants et rarement chez les hommes.

Sans doute le plus beau visage plein de Thanaka que l’on est vu.

Retour aux sources

Marc nous fait découvrir les sources chaudes locales et nous y emmène les deux soirs. C’est devenu son bain quotidien. Les gens ne se baignent pas dans la piscine mais s’assoient au bord puis se rincent et se savonnent à l’aide de bassine. Il fait chaud la journée mais le soir c’est agréable.

Marc est également cycliste et se propose de nous accompagner sur les premiers 30km le lendemain matin. C’est sympa de rouler un peu à trois avant de continuer à nouveau à deux.

Devant chez Marc

On passe Khun Yuam et Mae Sariang avant d’entamer le col après Mae Ngao. On nous avait prévenu, 30km et 1400m de montée. Mais l’endroit est magnifique. Entre plusieurs vallées, différentes rivières se croisent et apportent de la fraîcheur. la végétation est luxuriante et on profite d’un super endroit de camping avant le parc national de Mae Ngao.

Angélique se propose de transporter les sacoches en faisant du stop. Elle profite du lieu pour travailler sur le site web xavantures, pendant que Xavier, tout content de pouvoir faire la montée à vide, pédale sous la fraicheur du matin.

La rivière Moei marque la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande et on la suit plein sud, jusque Mae Sot. Les 150km suivants sont superbes. On retrouve des campings sauvages isolés et ça nous avait beaucoup manqué.

Le peuple Karen

Plusieurs contrôles militaires sont installés le long de la route à l’approche du camp de réfugiés de Mae La. Nous étions au courant mais la grandeur du camp nous surprend. Plus de 100,000 réfugiés birmans sont présents en Thaïlande, pour la plupart des Karen et des Karenni, ainsi que d’autres groupes ethniques birmans.

Des villages ont surgis le long de la frontière au milieu des années 1980 durant l’afflux des réfugiés en Thaïlande. Ces communautés se sont rapidement transformées en neuf zones de camp, géré par les authorités thaïlandaise, dont le camp de Mae La. Ces camps devaient initialement être temporaires, mais la situation ne s’étant pas améliorée, ils sont restés présents pendant plus de 30 ans et aujourd’hui 35,000 personnes sont présentes à Mae La. Depuis 2019, c’est tout récent, des réfugiés commencent à retourner vers le Myanmar.

Le camp de Mae La vu depuis la route.

Nous rejoignons Ton à Mae Sot. Il est hollandais et vit à Mae Sot depuis plusieurs années. Il enseigne l’anglais dans différents camp de réfugiés côté Thaï et a aidé à monter un restaurant Birmans au centre ville où il nous invite pour goûter notre premier Lahpet thoke, prononcé “lépatot”, une spécialité birmane. Il s’agit d’une salade de feuille de thé marinées dans l’huile et mélangées à une multitude de graines croustillantes. On en mange partout au Myanmar et on adore.

Mais dit moi père castor

Ton a beaucoup voyagé à vélo au Myanmar depuis l’ouverture des frontières terrestres en 2014. La situation n’était cependant pas la même en 2013. Le pays commençait juste à s’ouvrir au monde extérieur et les touristes étaient encore plus limités dans leur mouvements, notamment à vélo, qu’aujourd’hui. Camper est interdit, tous les hôtels n’acceptent pas les étrangers et les locaux ne peuvent vous accueillir aux risques de sanctions. Plusieurs zones étaient interdites d’accès, dont la région la plus au sud du Myanmar, au sud du Tahintharyi où nous voulons nous rendre. Les 100 derniers kilomètres avant la frontière Thaï semblent encore interdits au vélo mais nous verrons bien, au pire on prendra le bus.

Mais une fois ces restrictions gouvernementales mises de côtés, Ton nous décrit des gens d’une sympathie remarquable, une cuisine de qualité, de beaux paysages et une culture toute différente de la culture Thaï. Alors les yeux pétillants on l’écoute toute la soirée et on s’endort en rêvant des aventures à venir.

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